Antigone, Jean ANOUILH (1946)

Ce qui s'est passé avant que cette histoire ne commence... : Antigone, Ismène, Etéocle et Polynice sont les quatre enfants nés de l'union incestueuse du roi de Thèbes (Œdipe) et de sa propre mère, Jocaste. Oedipe est chassé de Thèbes par ses frères et, les yeux crevés, il doit mendier sa nourriture sur les routes, Antigone lui sert de guide. Elle veille sur lui jusqu'à la fin de son existence et l'assiste dans ses derniers moments. Puis, elle revient à Thèbes et connaît une nouvelle épreuve : ses frères (Polynice et Etéocle) se disputent le pouvoir. Polynice fait appel à une armée étrangère pour assiéger la ville et combattre son frère Etéocle. Après leur mort, Créon, leur oncle, prend le pouvoir. Il ordonne des funérailles imposantes et solennelles pour Etéocle et considérant Polynice coupable, il interdit qu'il lui soit donné une sépulture. L'âme de Polynice ne connaîtra donc jamais de repos.

Le résumé : Antigone considère comme sacré le devoir d'ensevelir les morts. Elle se rend une nuit auprès du corps de Polynice et verse sur lui, selon le rite, quelques poignées de terre. Son oncle en est informé par un garde. On la lui amène et il la condamne à mort après avoir essayé de la sauver. Elle est enterrée vive dans un tombeau, et, plutôt que de mourir de faim, elle préfère se pendre. Désespéré, Hémon, fils de Créon et fiancé d'Antigone se suicide. Eurydice, la mère de ce dernier, ne peut supporter la mort de son fils et met, elle aussi, fin à ses jours.

Mon avis : J'aime beaucoup le théâtre et particulièrement les tragédies, alors, bien évidemment, cette oeuvre qui est une de mes préférées et que je viens de relire pour la troisième fois a une valeur particulière. A ma première lecture, j'étais en première et c'était une des oeuvres à préparer pour le baccalauréat... et c'est celle sur laquelle j'ai été interrogée à l'oral (sur le prologue plus exactement), j'ai eu une très bonne note (16/20!). Je l'ai relue plus tard pendant mes années d'étudiante. Et là, à l'approche de la quarantaine, elle me plait toujours !

Quelques unes de mes citations préférées : (elles sont toutes d'Antigone)

- Vous me dégoûtez tous avec votre bonheur ! Avec votre vie qu’il faut absolument aimer coûte que coûte. On dirait des chiens qui lèchent tout ce qu’ils trouvent.

- Moi, je ne suis pas obligé de faire ce que je ne voudrais pas.

- Moi, je peux dire « non » encore à tout ce que je n’aime pas et je suis seule juge. Et vous, avec votre couronne, avec vos gardes, avec votre attirail, vous pouvez seulement me faire mourir parce que vous avez dit « oui ».

- Pauvre Créon ! Avec mes ongles cassés et pleins de terre et les bleus que tes gardes m'ont faits aux bras, avec ma peur qui me tord le ventre, moi je suis reine.

Des informations sur cette pièce :

- Pièce de théâtre en seul acte présentée pour la première fois à Paris le 4 février 1944 au théâtre de l’Atelier dans une mise en scène d’André BARSACQ.

Biographie de Jean ANOUILH :

Naissance : 23 juin 1910. (Bordeaux, France)

C'est un écrivain et dramaturge. Il est fasciné très tôt par le théâtre, notamment par Giraudoux. Il écrit L’hermine (1932) qui connaît un certain succès, tandis que La mandarine (1933) et Y’avait un prisonnier (1935) sont des échecs. En 1937, avec Georges Pitoëff et André Barsacq, ils montent successivement Le voyageur sans bagage (1937) et Le bal des voleurs (1938). Ces deux pièces sont des réussites.

Il publie alors de nombreuses pièces qu’il classe selon une thématique : pièces roses (comédies), pièces noires (plus graves), pièces brillantes, pièces grinçantes, pièces costumées, pièces baroques, pièces secrètes, pièces farceuses. En 1944, Antigone est un succès ; avec sa volonté de dire "non", elle apparaît comme le symbole de la résistance face à l’occupant.

Il reste un auteur difficilement « classable », ses pièces allant du comique au tragique, de la comédie de mœurs au drame bourgeois, du lyrisme à la bouffonnerie. Les thèmes abordés sont le refus de l’hypocrisie et du mensonge, l’enfance perdue, l’impossibilité de l’amour. Ses héros sont prisonniers de leur passé, de leur position sociale, de leur pauvreté. Le seul moyen pour s’en sortir reste la fuite ou encore la mort.

Mort : 3 octobre 1987 (Lausanne, Suisse).


 Les Bonnes, Jean GENET (1947)

Le résumé : Une bonne se retourne contre sa maîtresse car Madame l'a insultée. Solange et Claire (les bonnes) sont deux soeurs. La première s'amuse à incarner Claire, tandis que la seconde joue le rôle de Madame. Elles se disputent tandis qu'elles rangent la chambre de leur maîtresse. En effet, Claire a envoyé des lettres anonymes à la police pour que l'amant de leur maîtresse, Monsieur, soit emprisonné. Mais elle reproche aussi à sa sœur de ne pas avoir tué Madame par manque de courage. A cet instant, Monsieur les appelle pour les informer qu'il a été libéré et qu'il attendra son amante en ville. Claire et Solange sont dévastées car leur plan n'a pas fonctionné. Cela pousse Claire à formuler son vœu d'assassiner Madame. Lorsque cette dernière vient sonner, toutes deux se mettent d'accord sur le déroulement des évènements : Claire ajoutera dix pilules de gardénal dans le tilleul de Madame. Madame entre et se plaint de l'arrestation de Monsieur. Claire apporte le tilleul empoisonné, toutefois, Madame ne le boit pas. Les bonnes lui annoncent la libération provisoire de Monsieur. Madame quitte la maison pour le rejoindre, sans avoir touché à son tilleul. Claire reprend alors le rôle de Madame et s'acharne contre sa sœur Solange. Celle-ci perd le contrôle et laisse éclater sa fureur. Claire, dépassée, lui demande grâce, mais elle persiste dans le jeu et demande à sa sœur de lui remettre le tilleul, qu'elle boit d'un trait. Solange devra donc passer le restant de ses jours en prison.

Mon avis : Une lecture "conseillée" pour les "études"... Alors, que dire ? Le côté sadique n'est pas mon truc mais l'idée du personnage qui joue un autre personnage jusqu'à ne faire qu'un avec ce second rôle me paraît intéressante. Solange finit par être et personnage et spectatrice. Elle cesse de faire comme, de faire semblant de jouer le rôle de sa maîtresse... dans son esprit, elle finit par devenir Madame. Jusqu'à quel point peut-on s'identifier à quelqu'un d'autre ?

Biographie de Jean GENET :

Naissance : 19 décembre 1910 (Paris, France).

Sa mère l’abandonne à la naissance et il devient pupille de l’Assistance publique. Très jeune, il commet son premier vol et éprouve ses premiers émois homosexuels, éléments fondateurs du mythe Genet.

Dès son adolescence il commence une existence marginale et rebelle, il connaît même la prison à plusieurs reprises. Il écrit sa première œuvre en 1942, Le condamné à mort alors qu'il est emprisonné. Plusieurs romans autobiographiques vont suivre - Notre Dame des fleurs (1944), Miracle de la rose (1946), Querelle de Brest (1947), Pompes funèbres (1947) - mais ces premiers romans sont censurés car jugés pornographiques. Jean Cocteau et Jean-Paul Sartre le font découvrir et le défendent, l’un en lui évitant la prison à perpétuité et l’autre en écrivant, en 1952, Saint Genet comédien et martyr.

A partir de 1947, Jean Genet écrit essentiellement des pièces de théâtre qui sont des protestations sociales et politiques : Les bonnes (1947), Haute surveillance (1949), Les nègres (1959), Les paravents (1961). Il met en place avec Michel Foucault un observatoire des prisons, prend parti pour les indépendantistes algériens, s’engage auprès des Black Panthers et des Palestiniens : Le captif amoureux (1986) et L’ennemie déclaré (posth. 1991) en sont l’illustration.

Il n’attire plus les foudres de la critique et il est un des auteurs dramatiques les plus joués du répertoire français. Il obtient en 1983 le Grand Prix national des lettres.

Mort : 15 avril 1986 (Paris, France).


 En attendant Godot, Samuel BECKETT (1952)

Des informations sur la pièce : Cette pièce de théâtre en deux actes est parue en 1952 aux Editions de Minuit et a  été créée le 5 janvier 1953 au théâtre de Babylone à Paris, dans une mise en scène de Roger Blin. C’est la première pièce que Samuel Beckett (qui est irlandais) ait écrite directement en français. Elle met en scène deux couples de personnages — Estragon et Vladimir, Pozzo et Lucky — et répète le même scénario sur deux actes. L’action se déroule le soir sur une route de campagne. Le seul élément de décor est un arbre dénudé.

Le résumé : Acte 1 : Estragon et Vladimir sont très heureux de se retrouver. Ils parlent de choses et d’autres :  de sa chaussure qui lui fait horriblement mal pour Estragon et du suicide, de la culpabilité et de la repentance pour Vladimir.  Ils attendent tous deux la venue improbable d'un certain Godot qu'ils ne connaissent pas mais dont ils espèrent qu’il leur apportera une réponse à toutes leurs attentes. Godot n'arrivant pas, les deux hommes se mettent à parler, pour passer le temps, pour combler le vide et le silence qui surviendraient si la parole n’était pas. Ils se disputent, se réconcilient et parlent encore de suicide. Deux nouveaux personnages paraissent : Pozzo et Lucky, le second tel un chien est tenu en laisse par le premier. Pozzo fouette Lucky et l’injurie. Il semble  représenter le pouvoir et  l’autorité. Pour distraire Vladimir et Estragon, Pozzo demande à Lucky de danser et de penser à voix haute, ce dernier tient un discours insensé.  Puis ils s’en vont laissant seuls Vladimir et Estragon. Un jeune garçon arrive et annonce  que Godot ne viendra pas ce soir, mais peut-être le lendemain. Acte 2 : Le second acte ressemble au premier. L’action se déroule le lendemain au même endroit, à la même heure. Les deux clochards imitent Pozzo et Lucky qui réapparaissent. Le premier est  devenu aveugle et le second ne parle plus. Le jeune garçon vient à nouveau. Il dit pourtant n’être pas venu la veille. Il annonce aux deux clochards que Godot reporte son rendez-vous. Vladimir et Estragon songent à se pendre, mais la ceinture d’Estragon n’est pas assez solide. Les dernières répliques de la pièce sont les mêmes que celles de la fin du premier acte.

Mon avis : Une lecture "conseillée" pour les études. Une petite pièce de théâtre qui se lit facilement mais qui est assez étrange... Deux hommes parlent pour ne pas dire grand chose, ils font passer le temps. Le lendemain, même lieu, mêmes personnages. De nouveau, des discussions vides. Godot ne viendra pas aujourd'hui mais demain... Une histoire sans fin avec des amnésies des personnages.  

Quelques-unes de mes citations préférées :

Voilà l'homme tout entier, s'en prenant à sa chaussure alors que c'est son pied le coupable.

En attendant, essayons de converser sans nous exalter, puisque nous sommes incapables de nous taire.

Nous naissons tous fous. Quelques uns le demeurent.

Biographie de Samuel BECKETT : 

Naissance : 13 avril 1906 (Dublin, Irlande).

Il est issu d'une famille protestante aisée. Il passe sa jeunesse à Dublin. Mais il vit à Paris où il rencontre notamment James Joyce et des artistes d'avant-garde. Son premier texte est intitulé Murphy. Pendant la guerre, il s'engage dans la Résistance, il écrit son deuxième roman Watt et invente la figure du "clochard" que l'on retrouve constamment dans ses oeuvres. Il écrit aussi Premier amour, Molloy... et des pièces de théâtre, Eleuthéria... C'est en 1953, lors d'une représentation de sa pièce En attendant Godot, qu'il acquiert sa renommée mondiale. Il consacre la suite de sa carrière à des textes courts, à la traduction de ses textes et à la mise en scène de ses pièces. S'il écrit en français, c'est pour limiter l'usage de la langue. Son œuvre est austère, il exprime l'impossibilité de vivre en sachant la finitude de l'existence.

Mort : 22 décembre 1989 (Paris, France).


 Fin de partie, Samuel BECKETT (1957)

Des informations sur la pièce : Cette pièce de théâtre en un acte unique est parue en 1957. Elle met en scène quatre personnages : Nagg, Nell, Hamm et Clov. Leurs prénoms sont déjà des jeux de mots : Hamm vient de hammer - marteau en anglais -, les trois autres viennent du mot "clou".

Le résumé : L'essentiel de la pièce se passe entre deux des personnages : Clov et Hamm qui sont père et fils. Les deux autres, Nagg et Nell sont les parents de Hamm. Le jeu est essentiellement statique pour Nagg et Nell (qui vivent même dans des poubelles) ainsi que pour Hamm qui est infirme et aveugle. Le seul qui se déplace est Clov mais lui aussi est assez mal en point. L'auteur joue sur le langage qui se bloque : il y a de nombreuses didascalies indiquant un temps et de nombreuses indications montrant que le personnage s'ennuie pendant son propre discours (il baille).

Mon avis : Une lecture "conseillée" pour les études. Une petite pièce de théâtre qui se lit facilement mais qui est assez étrange... Ayant lu précédemment une autre pièce de BECKETT, j'étais déjà préparé à cette idée. Je l'ai découverte à travers un ouvrage théorique sur le théâtre et j'ai vraiment eu envie d'aller plus loin et de me faire ma propre opinion.


 Le Roi se meurt, Eugène IONESCO (1963)

Des informations sur la pièce : Cette  pièce en un acte a été créée au Théâtre de l'Alliance française en décembre 1962.

Le résumé : Le roi Bérenger Ier règne sur un territoire indéterminé. La salle du trône est sale et inconfortable, il y fait froid, le chauffage refuse de fonctionner, le soleil se rebelle et les murs du palais se fissurent.  La reine Marie se lamente de cette dégradation, ce qui ne plait guère à la reine Marguerite. Il faut annoncer au roi que la fin de son règne est proche. Marie refuse l'évidence et veut croire que le roi pourra échapper à son destin. Marguerite fait preuve d'une froide lucidité. Le Médecin est formel, il n'est plus possible d'opérer le roi. Le drame est inévitable. Le roi refuse d'admettre l'évidence. Il croit en son pouvoir : « Je mourrai dit-il quand je voudrai, je suis le roi, c'est moi qui décide » Toute la cour, à l'exception de Marie, lui décrit son déclin inévitable. Il tente en vain de commander la nature, les choses et les êtres qui l'entourent. Marguerite annonce alors le compte à rebours fatidique : « Tu vas mourir dans une heure vingt-cinq minutes ». Le garde indique que la funèbre cérémonie va commencer.

Mon avis : Une histoire délirante (comme toujours avec Eugène IONESCO) d'un roi qui refuse de croire qu'il va mourir dans un premier temps puis qui essaie de refuser de mourir mais qui finira tout de même par mourir ! Très narcissique ce roi Bérenger Ier ! J'aime bien la façon d'écrire d'IONESCO, sa manière de jouer avec les mots, d'écrire pour ne pas dire grand chose mais pour dire tellement de choses (vraies) en même temps !   

Biographie d'Eugène IONESCO :

Naissance : 26 novembre 1909 (Slatina, Roumanie).

Après une enfance passée à Paris, il rejoint son père à Bucarest. Dès 1930, il entame une longue collaboration avec la revue de critique littéraire Zodiac. En 1938, il fuit la Roumanie devant la montée du fascisme, un régime contre lequel il se battra toute sa vie. A Lyon, il fréquente l'avant-garde intellectuelle et artistique et développe ainsi son esprit libre et son don pour la provocation. Sa première pièce La Cantatrice chauve, rendue publique en 1950, ne reçoit qu'un accueil froid. Elle marque pourtant la naissance d'une nouvelle forme de théâtre, loin des codes classiques. Dès 1952, Ionesco publie chaque année de nouvelles pièces - dont Rhinocéros, Les Chaises, La Leçon et Le Roi se meurt - et acquiert finalement une renommée internationale et officielle. Il entre à l'Académie française en 1970 et il est nommé officier de la Légion d'honneur en 1984. Avec Samuel Beckett, il a écrit les plus grandes pièces du théâtre de l’absurde, mêlant comique et désespoir. Car si ses pièces font rire, c'est pour libérer l'homme de sa solitude indépassable et du ridicule de sa condition d'humain.

Mort : 28 mars 1994 (Paris).